La zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont le lancement de la phase opérationnelle a été effectué lors de la 12e réunion extraordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement  de l’Union africaine, le 7 juillet 2019 à Niamey, Niger, constitue une étape cruciale dans le processus d’intégration économique du continent.

Par-delà l’argument théorique suggérant une interdépendance accrue par le biais d’une nécessaire stabilité favorisant les échanges, quelle contribution peut apporter la ZLECAf pour une Afrique plus stable et prospère ?

Lancement de la phase opérationnelle de la Zlecaf, Sommet de Niamey, 2019 (© Ambassade du Niger au Mali)
Lancement de la phase opérationnelle de la Zlecaf, Sommet de Niamey, 2019 (© Ambassade du Niger au Mali)

Une priorité de l’Agenda 2063

La ZLECAf, tout comme l’initiative « Faire taire les armes d’ici 2020 », est l’un des projets phare du premier plan décennal de mise en œuvre de l’Agenda 2063. En ce sens, elle vise à « promouvoir et réaliser le développement socio-économique inclusif et durable, l’égalité de genres et la transformation structurelle » (Art. 3 de l’accord établissant la ZLECAf) du continent. Elle s’inscrit donc dans la ligné directe de l’une des sept aspirations de l’Agenda 2063. Toutefois, afin de parvenir à la réalisation cet objectif, la sécurité juridique mais également la sécurité physique des opérateurs économiques sont des conditions propices au développement des échanges.

Une récente étude de la Commission économique pour l’Afrique montre que la ZLECAf pourrait augmenter de 15 à 25% la valeur des échanges entre les pays africains, d’ici à l’horizon 2040. Par ailleurs, cette même étude met en exergue le fait que les scénarii envisagés sous-estiment certainement le potentiel de la ZLECAf et ses possibles effets sur la transformation structurelle dont a tellement besoin le continent, si des mesures complémentaires de facilitation des échanges sont également adoptées. Sans aucun doute, la sécurisation des frontières, encouragée par le renforcement de la coopération douanière prévu par l’accord établissant la ZLECAf, constitue une occasion formidable de faciliter les échanges. Aussi, parmi les nombreuses dispositions de l’accord relatives à la coopération douanière, l’accord prévoit notamment l’engagement réciproque de maintenir une surveillance spéciale de l’entrée sur, du séjour dans et des sorties de leur territoire, des personnes suspectées d’être impliquées dans des activités illégales, des marchandises suspectées de faire l’objet d’un trafic illégal et les endroits proches des frontières suspectés d’être utilisés pour y conduire des activités commerciales transfrontalières illégales.

En ce sens, et en plus des engagements individuels de libéralisation pris par les Etats Parties à l’accord (ils sont au nombre de 27, à ce jour d’après la base de données de l’Union africaine), ces derniers s’engagent donc à promouvoir et renforcer leur coopération aux frontières afin d’assurer la sécurité des zones frontalières, faciliter les activités des opérateurs économiques à la frontière et garantir l’état de droit.

 

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Echanges internationaux d’armes en Afrique

La ZLECAf, dont le début des réformes tarifaires est prévu de commencer le 1e juillet 2020, réduira les droits de douane sur l’importation de la plupart des marchandises fabriquées en Afrique. En revanche, les négociations, qui se poursuivent à ce jour, n’ont pas encore permis de déterminer avec exactitude les produits sujets à la libéralisation et ceux exclus de cette dernière. Dans ce contexte, bien qu’aucune décision n’ait encore été arrêtée à ce sujet, certaines délégations ont exprimé l’avis que les armes et les munitions devraient être exclues du champ de libéralisation de la ZLECAf.

Etat des lieux du commerce intra-africain légal d’armes et de munitions

Le marché discret et opaque des armes et des munitions (au sens du chapitre 93 de la classification du système harmonisé) a connu une augmentation drastique au cours des vingt dernières années en Afrique. La vaste majorité des armes achetées légalement en Afrique sur les marchés internationaux proviennent essentiellement de l’extérieur du continent. Toutefois, bien que moins spectaculaire que celle de la croissance des importations en provenance du reste du monde, la croissance des importations intra-africaines d’armes et munitions a été, de manière générale, soutenue au cours des deux dernières décennies (voir graphique 1).

Importation d'armes et de munitions vers l'Afrique | Source : Calculs à partir de Trademap (ITC)
Importation d'armes et de munitions vers l'Afrique | Source : Calculs à partir de Trademap (ITC)

Plus particulièrement, en 2018, l’Afrique du Sud et le Soudan  se sont taillé la part du lion des exportations d’armes, représentant à eux seuls plus de 60% des exportations africaines d’armes vers le reste du continent (voir graphique 2.2). Du côté des importations, les pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont absorbés la plus grande part part des importations africaines, représentant près de la moitié des importations africaines totales d’armes et munitions (voir graphique 2.1). Au premier rang des pays de la CEDEAO était le Nigéria, dont près de la totalité des importations africaines provenaient du Soudan ; suivi par le Burkina Faso, dont le principal fournisseur était la Côte d’Ivoire, et le Ghana, dont les importations d’armes africaines étaient pour leur part marginales.

Répartition des importations/exportations d'armes et munitions depuis et vers l'Afrique | Source : Calculs à partir de Trademap (ITC) et
Répartition des importations/exportations d'armes et munitions depuis et vers l'Afrique | Source : Calculs à partir de Trademap (ITC)

Trafic illégal estimé à cent millions d’armes de petit calibre sur le continent

L’Union africaine estime qu’environ cent millions d’armes légères circulent de manière illégale sur le continent. Ce sont avant tout ces armes qui alimentent les conflits ethniques ou sont détenues par des forces armées non-régulières, générant ainsi l’insécurité, voire facilitant les activités de réseaux criminels transfrontaliers.

Avec la mise en œuvre de l’accord établissant la ZLECAf et la généralisation de la collaboration des administrations opérant aux frontières telle que prévu par les dispositions relatives à la coopération douanière et la facilitation des échanges, il est possible d’espérer que l’entraide de ces dernières parviendra à opérer un changement positif pour la pacification des régions les moins stables de l’Afrique.

Enfin, le dernier né des accords commerciaux régionaux africains constitue un outil complémentaire dans l’architecture institutionnelle continentale. En effet, l’accord prévoit la coexistence de la ZLECAf avec les autres accords commerciaux régionaux préexistants, parmi lesquels la CEDEAO, la Communauté d’Afrique de l’Est, de la Communauté de développement d’Afrique australe ou encore du Marché commun d’Afrique orientale et australe. Les accords, loin de n’être que des accords commerciaux, sont également souvent la base juridique d’une coopération régionale bien plus large que la simple suppression des obstacles douaniers au commerce. Dès lors, la ZLECAf, bien qu’ayant parmi ses objectifs l’ambition de jeter les bases de la création d’une union douanière continentale, est donc pour l’heure une initiative ayant vocation à soutenir l’intégration économique des pays africains là où aucun accord commercial préférentiel n’existait auparavant. En ce sens, elle pourrait contribuer à renforcer le tissu institutionnel en matière de surveillance et entraide mutuelle dans le but de renforcer la sécurité aux frontières les plus poreuses de notre continent.

 

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