La mise en place de la base aérienne 201 de l’US Air Force à Agadez au Niger apportera-t-elle une différence palpable dans la lutte contre le terrorisme ? Ce projet d’envergure – dont la livraison avait déjà été repoussée une fois fin 2018 en raison de retards dus aux conditions climatiques – fait partie des atouts du dispositif militaire américain au Niger.

Avec déjà trois bases de déploiement d’urgence dans  les villes d’Arlit (Aïr, Nord), Oullam (région de Tillabéri, Ouest) et Maradi (deuxième plus grande ville, au Sud du pays), la base 201 pourrait devenir une plateforme multifonctionnelle centrale dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. Une capacité partagée, comme l’assure le commandement de l’Africom, et qui dispose dans tous les cas, d’un sérieux potentiel dans la lutte antiterroriste dans le Sahel, pour peu qu’elle donne les garanties nécessaires.

Vidéo déclassifiée du Département de la Défense des États-Unis sur le déroulement de l’embuscade de Tongo Tongo.

Source: Wikipedia

Des leçons du passé

L’embuscade spectaculaire du 4 octobre 2017 dans le village de Tongo Tongo (région de Ouallam) qui a coûté la vie à 5 militaires nigériens et 4 américains, a eu le double effet de rappeler l’importance du renseignement dans la lutte contre les groupes terroristes qui sévissent dans la région du Sahel d’une part, et le caractère déterminant des capacités aériennes, qui étaient en l’occurrence fournies en renfort par les forces françaises (4 hélicoptères et 2 chasseurs Mirage 2000) d’autre part. Aussi, il apparaît intéressant d’envisager l’utilité stratégique de la nouvelle base aérienne 201, à la lumière de cette expérience douloureuse pour l’armée américaine et pour ses alliés nigériens. En effet, ainsi que l’indique le commandant de l’US Air Force au sein de l’Africom (commandement Africain des forces armées américaines), la base d’Agadez offre avant tout « un accès stratégique et de la flexibilité » dans une région sahélienne que le Gen. Jeffrey Harrigian décrit comme l’une des « plus difficiles du monde ».

Dans la pratique, les fonctions de la base 201 peuvent se décliner en deux principales : la surveillance et le renseignement, et l’appui aérien aux opérations terrestres. Ainsi, les drones MQ-9 Reaper, moyenne altitude longue endurance, de l’US Air Force, déployés à Agadez pourraient devenir dans les prochains mois des atouts stratégiques important dans l’appui aérien sur zone, pour les militaires américains et nigérians, tout comme les avions de transport C-17. Ils répondent à un problème récurrent de faible – pour ne pas dire d’absence de – capacités aériennes de l’armée nigérienne, et renforcent une tendance à l’intensification de l’utilisation des capacités aériennes contre laquelle les groupes terroristes actifs dans la région peinent à trouver de parade.

Une tactique éprouvée (mais pas toujours applaudie) de « harcèlement aérien »

L’utilisation des capacités aériennes représente un atout majeur dans l’atteinte de l’un des objectifs centraux de la doctrine antiterroriste américaine : « la décapitation du leadership » des groupes terroristes. Même si elle a démontré une efficacité variable selon les contextes et les groupes visés, elle a contribué plus généralement à une désorganisation et un affaiblissement sur le court-terme, des groupes armés terroristes. Sur le continent, cette tactique a déjà été éprouvée notamment en Somalie, où les frappes aériennes récurrentes et soutenues contre leurs bases et lieux de repli, infligent de lourdes pertes aux combattants d’Al Shabaab. L’émir Ahmed Abdi Godane (alias Ahmed Abdi aw-Mohamed, Abu Zubeyr) avait d’ailleurs lui-même été abattu au cours de l’une de ces frappes aériennes le 31 août 2014. Cependant de nombreuses voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer des victimes civiles des frappes aériennes américaines, notamment dans les régions de Basse et Moyenne Shabbelle mais aussi du Hiiraan, de Bakol régulièrement visées. Ainsi, le 5 avril 2019, l’Africom avait admis pour la première fois, avoir accidentellement tué des civils au cours de frappes aériennes visant des combattants d’Al Shabaab.

Il est possible de se demander dans ces conditions, si une tactique de « harcèlement aérien » contre les groupes terroristes de la région du sahel est plus à craindre qu’à souhaiter. La structure de la démographie dans ces zones désertiques et semi-désertiques est essentiellement composée de campements nomades mobiles, avec des points de passages récurrents. Est-il possible que des groupes isolés soient accidentellement pris pour cible par des frappes aériennes ? Quelles garanties l’Africom et l’armée nigérienne donnent-elles en termes de précision des frappes et de possible dégâts/victimes collatéraux ?

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